Le notariat ivoirien à l’avant-garde de la révolution technologique : une première historique à Abidjan

Alors que l’intelligence artificielle (IA) redéfinit les contours de l’économie mondiale, la Côte d’Ivoire marque un coup d’éclat dans le secteur juridique. Depuis le 4 mai 2026, une trentaine de notaires abidjanais participent à la première formation certifiante en IA jamais organisée pour une profession réglementée en Afrique francophone.

Une profession centenaire face à un défi planétaire

L’adoption de l’IA n’est plus une option, mais une nécessité compétitive. À l’échelle mondiale, le marché de l’intelligence artificielle devrait atteindre plus de 1 800 milliards de dollars d’ici 2030, avec un impact massif sur les métiers du droit. En Afrique, bien que le déploiement soit plus récent, l’IA pourrait contribuer à hauteur de 1 200 milliards de dollars au PIB du continent d’ici la fin de la décennie.

C’est dans ce contexte de transformation profonde que l’Association pour le Développement du Service Notarial de Côte d’Ivoire (ADSN-CI) et le cabinet LL Remake Studio ont lancé ce programme intensif au Palm Club d’Abidjan.

Transformer la prudence en compétence

Pour ces officiers publics, habitués à la rigueur des registres et des actes authentiques, l’enjeu est double : gagner en productivité tout en sécurisant le secret professionnel. Le programme, structuré en quatre modules sur quatorze heures, permet aux participants de tester des outils comme Mistral ou Claude.

« Pour affronter le danger, il faut le connaître », tranche Maître Fose Sylla, participant à la formation. « J’encourage tous les hommes du monde juridique et judiciaire à s’intéresser à ces outils, parce qu’on n’a pas le choix. ».

Même satisfaction pour Maître Yolande Foldah-Kouassi, notaire au Plateau, qui souligne l’importance d’avoir appréhendé à la fois les possibilités et les limites de l’outil, notamment en matière de sécurité des données.

L’enjeu crucial de la souveraineté numérique

L’un des points forts de cette formation réside dans la sensibilisation à la pertinence juridique locale. Les modèles d’IA actuels étant majoritairement entraînés sur des droits étrangers (français ou anglo-saxon), ils maîtrisent encore mal les spécificités du droit OHADA et les pratiques foncières ivoiriennes.

Karmelle Biyot, fondatrice de LL Remake Studio, plaide ainsi pour l’émergence d’IA « souveraines » qui retranscrivent la diversité culturelle et les réalités sociétales du continent.

Vers une modernisation du notariat ivoirien

Cette initiative ne s’arrête pas aux portes de la salle de formation. L’ADSN-CI a officiellement exprimé sa volonté d’être associée aux travaux de la Stratégie Nationale de l’Intelligence Artificielle (SNIA 2030) portée par le ministère de la Transition Numérique.

Comme le résume Maître Véronique Williams, coordinatrice de l’ADSN-CI, cette étape est historique : elle démontre que les notaires ivoiriens sont prêts à intégrer les technologies les plus avancées sans renier leurs valeurs fondamentales : la sécurité juridique et la confiance

À l’issue de ce parcours, chaque notaire repart avec un assistant IA personnalisé et une attestation certifiante, symboles d’une profession qui a décidé de ne pas rater le train de la révolution numérique.